Livre de la Sagesse 7,7-11. Aussi j’ai prié, et le discernement m’a été donné. J’ai supplié, et l’esprit de la Sagesse est venu en moi. Je l’ai préférée aux trônes et aux sceptres ; à côté d’elle, j’ai tenu pour rien la richesse ; je ne l’ai pas comparée à la pierre la plus précieuse ; tout l’or du monde auprès d’elle n’est qu’un peu de sable, et, en face d’elle, l’argent sera regardé comme de la boue. Plus que la santé et la beauté, je l’ai aimée ; je l’ai choisie de préférence à la lumière, parce que sa clarté ne s’éteint pas. Tous les biens me sont venus avec elle et, par ses mains, une richesse incalculable.
Psaume 90(89) 12-13.14-15.16-17. R/ Rassasie-nous de ton amour, Seigneur : nous serons dans la joie. (Ps 89, 14) Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse. Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ?
Ravise-toi par égard pour tes serviteurs. Rassasie-nous de ton amour au matin, que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Rends-nous en joies tes jours de châtiment et les années où nous connaissions le malheur. Fais connaître ton œuvre à tes serviteurs et ta splendeur à leurs fils. Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu ! Consolide pour nous l'ouvrage de nos mains ; oui, consolide l'ouvrage de nos mains.
Lettre aux Hébreux 4,12-13. Frères, elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle va jusqu’au point de partage de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; elle juge des intentions et des pensées du cœur. Pas une créature n’échappe à ses yeux, tout est nu devant elle, soumis à son regard ; nous aurons à lui rendre des comptes.
Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 10,17-30. En ce temps-là, Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? » Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : ‘Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère.’ » L’homme répondit : « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. » Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. » Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens. Alors Jésus regarda autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! » Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Jésus reprenant la parole leur dit : « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » Jésus les regarde et dit : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. » Pierre se mit à dire à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. » Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle.
La liturgie d’aujourd’hui nous propose la rencontre entre Jésus et un homme qui «avait de grands biens» (Mc 10, 22) et qui est entré dans l’histoire comme «le jeune homme riche» (cf. Mt 19, 20-22). Nous ne connaissons pas son nom. L’Evangile de Marc, en réalité, parle de lui comme «un tel», sans en mentionner l’âge et le nom, comme pour suggérer que dans cet homme, nous pouvons tous nous voir, comme dans un miroir. Sa rencontre avec Jésus, en effet, nous permet de faire un test sur la foi. En lisant cela, je fais un test sur ma foi.
Cet homme commence par une question: «Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle? (v. 17). Notons les verbes qu’il utilise: devoir faire — pour avoir. Voici sa religiosité: un devoir, un faire pour avoir; «Je fais quelque chose pour obtenir ce dont j’ai besoin». Mais c’est une relation commerciale avec Dieu, un do ut des. La foi, en revanche, n’est pas un rite froid et mécanique, un «je dois — je fais — j’obtiens». C’est une question de liberté et d’amour. La foi est une question de liberté, est une question d’amour. Voilà un premier test: qu’est-ce que la foi pour moi? S’il s’agit principalement d’un devoir ou d’une monnaie d’échange, nous nous trompons, car le salut est un don et non un devoir, il est gratuit et ne peut pas s’acheter. La première chose à faire est de se débarrasser d’une foi commerciale et mécanique, qui insinue la fausse image d’un Dieu comptable, d’un Dieu contrôleur, pas d’un père. Et bien souvent, dans la vie, on peut vivre ce rapport de foi «commerciale»: je fais ça pour que Dieu me donne ça.
Jésus — deuxième passage — aide celui-là en lui offrant le vrai visage de Dieu. En effet — dit le texte — «il fixa sur lui son regard» et «l’aima» (v. 21): voilà qui est Dieu! C’est de là que la foi naît et renaît: non d’un devoir, non pas d’une chose à faire ou à payer, mais d’un regard d’amour à accueillir. Ainsi, la vie chrétienne devient belle, si elle ne se fonde pas sur nos capacités et nos projets, mais se fonde sur le regard de Dieu. Ta foi, ma foi est-elle fatiguée? Tu veux la fortifier? Cherche le regard de Dieu: mets-toi en adoration, laisse-toi pardonner dans la confession, place-toi devant le Crucifix. Bref, laisse-toi aimer par Lui. Voilà le commencement de la foi: se laisser aimer par Lui, qui est père.
Après la question et le regard, il y a — troisième et dernier passage — une invitation de Jésus, qui dit: «Une seule chose te manque». Que manquait-il à cet homme riche? Le don, la gratuité: «Va, ce que tu as, vends-le et donne-le aux pauvres» (v. 21). C’est peut-être ce qui nous manque aussi. Souvent, nous faisons le minimum indispensable, alors que Jésus nous invite au maximum possible. Combien de fois nous contentons-nous des devoirs — les préceptes, quelques prières et tant de choses comme ça — alors que Dieu, qui nous donne la vie, nous demande des élans de vie! Dans l’Evangile d’aujourd’hui, nous voyons clairement ce passage du devoir au don; Jésus commence par rappeler les commandements: «Ne tue pas, ne commets pas d'adultère, ne vole pas…» et ainsi de suite (v. 19), et arrive à la proposition positive: «Va, vends, donne, suis-moi!» (cf. v. 21). La foi ne peut se limiter aux non, car la vie chrétienne est un oui, un oui d’amour.
Chers frères et sœurs, une foi sans don, une foi sans gratuité est une foi incomplète, c’est une foi faible, une foi malade. Nous pourrions la comparer à un aliment riche et nourrissant qui manque cependant de saveur, ou à un match plus ou moins bien joué mais sans but: non, ça ne marche pas, il n’y a pas de «sel». Une foi sans don, sans gratuité, sans œuvres de charité finit par nous rendre tristes: comme cet homme qui, bien que regardé avec amour par Jésus lui-même, rentra chez lui «attristé» et «assombri» (v. 22) .
---> Aujourd’hui, nous pouvons nous demander: «Où en est ma foi? Est-ce que je la sens comme une chose mécanique, comme une relation de devoir ou d’intérêt avec Dieu? Est-ce que je me souviens de la nourrir en laissant Jésus me regarder et m’aimer?». Se laisser regarder et aimer par Jésus; laisser Jésus nous regarder, nous aimer. «Et, attiré par lui, est-ce que je réponds avec gratuité, avec générosité, de tout mon cœur?».
Que la Vierge Marie, qui a dit un oui total à Dieu, un oui sans mais — il n’est pas facile de dire oui sans mais: la Vierge l’a fait, un oui sans mais — nous fasse savourer la beauté de faire de la vie un don.
L’Évangile de ce dimanche (Mc 10, 17-30) a pour thème principal celui de la richesse. Jésus enseigne qu’il est très difficile, pour un riche, d’entrer dans le Royaume de Dieu, mais ce n’est pas impossible ; en effet, Dieu peut conquérir le cœur d’une personne qui possède de nombreux biens et la pousser à la solidarité et au partage avec ceux qui sont dans le besoin, avec les pauvres, c’est-à-dire à entrer dans la logique du don. De cette façon, cette personne se place sur les pas de Jésus Christ qui, comme l’écrit l’apôtre Paul, « pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin de vous enrichir par sa pauvreté » (2 Cor 8, 9).
Comme cela arrive souvent dans les Évangiles, tout part d’une rencontre: celle de Jésus avec quelqu’un « qui avait de grands biens ». C’était une personne qui observait fidèlement tous les commandements de la loi de Dieu depuis sa jeunesse, mais qui n’avait pas encore trouvé le vrai bonheur; et c’est la raison pour laquelle cet homme demande à Jésus comment faire pour « avoir en héritage la vie éternelle » (v. 17). D’un côté, il est attiré, comme tout le monde, par la plénitude de la vie; de l’autre, étant habitué à compter sur ses propres richesses, il pense que la vie éternelle aussi peut, d’une certaine façon, « s’acquérir », en observant peut-être un commandement particulier. Jésus saisit le désir profond qui habite cette personne et — précise l’évangéliste —, il fixe sur lui son regard plein d’amour: le regard de Dieu (cf. v. 21). Mais Jésus comprend aussi quel est le point faible de cet homme : c’est précisément son attachement à tous ses biens ; et c’est pourquoi il lui propose de tout donner aux pauvres, pour que son trésor — et donc son cœur — ne soit plus sur la terre mais dans le ciel, et il ajoute « Viens, suis-moi » (v. 22). Mais celui-ci, au lieu d’accueillir avec joie l’invitation de Jésus, s’en va tout triste (cf. v. 23), parce qu’il ne parvient pas à se détacher de ses richesses, qui ne pourront jamais lui donner le bonheur et la vie éternelle.
C’est à ce moment-là que Jésus donne son enseignement à ses disciples, et à nous aussi aujourd’hui : « Comme il sera difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le Royaume de Dieu ! » (v. 23). En entendant ces paroles, les disciples furent déconcertés ; et ils le furent encore plus lorsque Jésus ajouta : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou de l’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu ! ». Mais, en les voyant ébahis, il ajouta : « Pour les hommes, impossible, mais non pour Dieu ! Car tout est possible pour Dieu » (cf. vv. 24 et 27). Saint Clément d’Alexandrie commente ce passage en disant qu’il enseigne « aux riches à ne point négliger leur salut, comme si toute espérance d’être sauvés leur était ravie » ni « à accuser la richesse et à la rejeter loin d’eux comme leur plus cruelle ennemie, mais à en faire un saint usage qui leur puisse acquérir le ciel » (Quel riche sera sauvé ? 27, 1-2). L’histoire de l’Église est remplie d’exemples de personnes riches qui ont utilisé leurs biens de manière évangélique et qui ont ainsi atteint la sainteté. Pensons seulement à saint François, à sainte Élisabeth de Hongrie ou à saint Charles Borromée. Que la Vierge Marie, Siège de la Sagesse, nous aide à accueillir avec joie l’invitation de Jésus, pour entrer dans la plénitude de la vie.
1. «Apprends-nous à bien compter nos jours...»[1].
2. Chers Frères et Sœurs, écoutons le Psalmiste prier Dieu:
«Apprends-nous à bien compter nos jours, / pour que nos cœurs découvrent la sagesse»[2].
L’homme est soumis aux lois du temps; il est soumis aux lois d’un passage transitoire dans le monde visible de la création. Mais en même temps l’homme va au-delà de cette nécessité. Il la dépasse dans la «sagesse du cœur».
La sagesse est plus grande que cette traversée du temps. Elle constitue aussi une autre dimension de l’existence humaine dans le monde. Une autre échelle de valeurs.
C’est ce que montre l’auteur du Livre de la Sagesse, lorsqu’il dit: «Je l’ai préférée aux trônes et aux sceptres; à côté d’elle, j’ai tenu pour rien la richesse... Je l’ai aimée plus que la santé et la beauté; je l’ai choisie de préférence à la lumière, parce que sa clarté ne s’éteint pas. Tous les biens me sont venus avec elle, et par ses mains une richesse incalculable»[3].
La sagesse est plus grande que ce qui est éphémère dans le monde. Grâce à elle, ce qui passe prend une valeur nouvelle. Grâce à la sagesse, dans la culture qu’il acquiert au cours du temps, l’homme se découvre comme l’image et la ressemblance de Dieu lui-même. L’existence de l’homme est à la mesure de cette image.
Prier pour la «sagesse du cœur», avec la liturgie du jour, c’est aussi prier pour que s’accomplisse ce qui est fondamentalement humain dans l’historie, ce qui est digne de l’homme.
«Révèle ton œuvre à tes serviteurs / et ta beauté à leurs fils.../ Rends fructueux le travail de nos mains!»[4].
3. L’œuvre de Dieu s’est manifestée à la pensée des hommes. La sagesse éternelle est venue vers l’homme par la Parole même de Dieu.
La parole de Dieu est venue à la rencontre des œuvres des mains humaines. Elle est entrée dans le «travail» de l’homme. Elle a pénétré le cours de son histoire humaine. Elle s’est manifestée dans la culture de l’homme.
Ici, dans cette ville, au centre du continent européen, nous ne cessons pas d’être les témoins de cette rencontre: de la rencontre du Verbe éternel, en qui Dieu se manifeste comme Sagesse et Amour, avec la parole humaine, avec le travail humain, avec la culture des peuples, avec l’histoire de l’homme.
L’auteur de la Lettre aux Hébreux annonce la transcendance de la Parole divine: la Sagesse et l’Amour qui sont Dieu même. Il écrit: «Pas une créature n’échappe à ses yeux, tout est nu devant elle, dominé par son regard; nous aurons à lui rendre des comptes»[5].
L’homme vit dans la perspective du Jugement du Dieu vivant. Les peuples, les nations, l’humanité passent sur la terre en allant vers cette vérité définitive sur eux-mêmes qui sera révélée dans le Verbe de Dieu C’est là, en même temps, la dimension définitive de l’histoire, de l’accomplissement définitif de toute culture dans laquelle l’histoire de l’homme sur la terre cherche à s’exprimer.
5. Tout homme... L’homme... de ce pays, de ce continent... à qui ressemble-t-il?
Ne ressemble-t-il pas au jeune homme riche dont parle l’Evangile aujourd’hui?
Quand nous entendons que ce jeune homme «accourut vers lui» (vers le Christ), qu’il se mit à genoux et lui demanda: «Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle?»[7], alors dans cette attitude et dans cette question se fait entendre toute la jeunesse des hommes, des peuples, des nations et de la société dans notre continent.
--->Ils sont accourus vers le Christ avec la même question que le jeune de l’Evangile. Ils l’ont appelé «bon Maître» et le Christ a répondu: «Personne n’est bon, sinon Dieu seul»[8]. De cette façon, il les conduisait vers le Père qui l’a envoyé. Et les hommes, les peuples, les nations de notre vieux continent ont accueilli, dans leur jeunesse historique, la vérité sur Dieu qui est bon, qui est Amour.Alors le Christ, par la voix des Apôtres Paul et Pierre, maîtres et éducateurs, a rappelé à nos ancêtres et à nos pères les commandements: «Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère»[9]. Principes immuables de la Sagesse divine sans lesquels la vie humaine n’est plus vraiment humaine.
6. Ces mêmes principes, le Christ nous les rappelle à la fin du deuxième millénaire. Pouvons-nous répondre comme le jeune homme de l’Evangile: «J’ai observé tous ces commandements»[10]? Tous ces commandements, est-ce que je les observe?
En Europe, continent «chrétien», le sens moral s’affaiblit, le mot même de «commandement» est souvent récusé. Au nom de la liberté, les normes sont récusées, l’enseignement moral de l’Eglise est ignoré.Quand le Christ rappelle au jeune homme les commandements, c’est une parole de sagesse qu’il prononce. Comment pourrions-nous être vraiment libres sans enraciner notre conduite sur cette parole de vérité? Comment pourrions-nous donner sa plénitude de sens à notre vie, sans accorder nos actes à la sagesse et faire le choix du bien?
Une liberté qui refuserait les principes de la Parole de Dieu et les lignes de conduite précisées par l’Eglise serait incapable de fonder son action sur des valeurs morales incontestables.
La vérité de l’amour, de la justice, de la dignité de la vie est en Dieu créateur, révélé par son Fils venu dire à l’homme la Parole de son Père, qui seul est bon[11].
Les disciples du Christ aujourd’hui ne peuvent ignorer les commandements, quand il s’agit des exigences essentielles de la pureté et de la fidélité de l’amour conjugal, du respect de la vie, de la justice et du partage fraternel, de l’accueil de l’étranger, du refus de toute haine et de tout mensonge, de la solidarité concrète avec les pauvres et ceux qui souffrent.7. Quand le jeune de l’Evangile dit au Christ: «J’ai observé tous ces commandements depuis ma jeunesse» alors Jésus pose son regard sur lui et se met à l’aimer.
Combien de fois ce regard du Christ, plein d’amour, s’est posé et se pose encore sur l’homme, sur l’homme de ce pays, sur l’homme européen! Ce regard plein d’amour est un appel: «Viens et suis-moi». «Vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel»[12].
Le Christ appelle au nom de l’amour.
Il appelle chaque homme et chaque femme à être son disciple, à témoigner de son amour sauveur là où le conduit sa vocation.
--->Le Christ appelle, au nom de l’amour, des hommes et des femmes qui renonceront à tout autre attachement que le service de Dieu et de leurs frères dans la vie consacrée.
Le Christ appelle aujourd’hui les jeunes hommes qui accepteront de donner leur vie pour le service sacerdotal.
Les prêtres sont au milieu de vous et pour vous les intendants des dons de Dieu, ils vous rassemblent, ils vous transmettent la Parole de Dieu, ils célèbrent dans la communauté le Sacrifice du Christ et partagent le Pain de vie. Au nom de vous tous, je les salue, je les remercie d’avoir répondu à l’appel du Christ et d’accomplir fidèlement un ministère devenu plus lourd à cause de la baisse de leur nombre. .... Votre réponse commune à l’amour du Christ est nécessaire pour susciter et soutenir les jeunes hommes appelés personnellement au sacerdoce. Certains d’entre eux se mettront au service du diocèse. ..
Les vocations sacerdotales et religieuses, pour les missions de l’Eglise locale ou pour les missions lointaines, naissent dans un peuple de Dieu vivant. C’est donc à vous tous que je confie l’appel du Christ, dans l’espérance de voir de nombreux jeunes hommes devenir des prêtres pour l’Alsace, des prêtres pour le monde.
N’est-il pas de plus en plus semblable à ce jeune de l’Evangile qui, finalement, «s’en alla tout triste, car il avait de grande biens»[13]? L’homme de ce temps, en Europe, a, lui aussi, de «grands biens». Il a des biens matériels, inégalement partagés il est vrai, mais plus abondants que pour beaucoup de ses frères dans le monde; il s’y attache, il emploie beaucoup de ses forces à les augmenter. Il a aussi les biens de sa sensibilité; et, trop souvent, il se détourne de Dieu et de son prochain pour satisfaire des désirs qui l’enferment en lui-même.... L’homme se garde pour lui-même, et il ne sait plus donner.Comme le jeune homme de l’Evangile, il reste triste, car au fond il est seul. Jésus prononce alors les mots: «Comme il est difficile d’entrer dans le Royaume de Dieu! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu»[14].
L’image est forte. Il faut en entendre le message. Si vous êtes riches de vous-mêmes et de vos biens périssables, vous ne pourrez pas entrer dans le Royaume de Dieu, car vous en ignorez la gratuité et la plénitude. Si vous êtes pauvres, le cœur ouvert à vos frères, les mains libres pour le partage, la volonté guidée par l’amour; si vous suivez le Christ qui se livre lui-même pour le salut de la multitude – de chacun de nous –, alors vous pourrez avancer, entrer dans ce Royaume de Dieu, dans la communion de son amour, dans la joie parfaite!
9. «Elle est vivante, la parole de Dieu... plus coupante qu’une épée à double tranchant», lisons-nous dans la Lettre aux Hébreux. Oui elle est vraiment ainsi!
Telle est la parole de Dieu, la parole de l’Evangile, celle que nous entendons aujourd’hui. Telle est la parole de la Sagesse divine. La parole de la vie éternelle. La Parole du salut. Celui qui écoute vraiment la parole du Christ doit s’interroger sur la possibilité du salut.
La question angoissante de la Réalité ultime reste posée à l’homme de notre époque. Mais la richesse matérielle n’art-elle pas obscurci l’horizon de l’éternité de l’homme, la perspective du Royaume de Dieu?
10. Les Pasteurs de l’Eglise en Europe – et pas seulement en Europe – posent explicitement le problème de la «nouvelle évangélisation» de notre société, des différents milieux, en somme de l’évangélisation de l’homme. ...Comment faire pour poser la question que le jeune de l’Evangile a posée au Christ? Comment faire pour que l’homme éprouve de la «tristesse» lorsqu’il ne sait pas... Nous posons cette question au nom de la «nouvelle évangélisation». Si cela paraît humainement impossible, écoutons la réponse du Christ.
La réponse du Christ est: «Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu»!
FAUSTI - "Tout est possible avec Dieu", répond Jésus aux disciples, lorsqu'ils comprennent enfin que personne ne peut se sauver. En fait, nous sommes tous riches, privés de la pauvreté de l'enfant, indispensable pour accueillir le Royaume. Mais reconnaître cette impossibilité est déjà principe du salut. En effet, constater sa propre perdition signifie être réduit à l'extrême pauvreté, condition nécessaire pour accepter que seul Dieu sauve. L'histoire est divisée en trois scènes. La première nous présente un homme riche qui, au-delà des bonnes intentions d'entrer dans le Royaume, semble avoir toutes les qualités requises. Sauf cependant le principe fondamental, qui consiste en aimer Dieu et les frères avant tout.La rencontre avec Jésus rendra-t-il possible l'impossible en lui faisant reconnaître le Seigneur et en le libérant de l'idole qui l'asservit? Jésus essaie de le mettre sur ce chemin, en lui disant que seul Dieu est bon et qu'il peut maintenant tout quitter et décider de Le suivre.Mais l'attachement à ses biens le rend aveugle. Dans l'alternative Dieu / Mammon, il choisit Mammon.En fin de compte, au lieu de la joie de ceux qui ont trouvé le trésor, il a la tristesse de ceux qui se savent perdus.Le Seigneur, lorsqu'il donne la joie dans le bien, donne ainsi la tristesse dans le mal afin que l'on puisse se repentir. La deuxième scène nous présente les déclarations de Jésus sur l'impossibilité de salut et l'étonnement consterné des disciples. Nous sommes tous trop grands pour entrer dans le royaume des enfants: nous sommes des chameaux qui essayent de passer à travers le chas d'une aiguille.Reconnaître cette impossibilité nous rend petits. Plus nous sommes riches, plus nous nous trouvons incapables et pauvres face à ce qui compte. La troisième scène nous présente la merveilleuse observation de Pierre: comment les disciples aient suivi le Seigneur, accomplissant ce passage qui mène au Royaume?Son appel et sa Parole les ont rendus pauvres et petits, leur faisant découvrir le trésor inestimable pour lequel tout est laissé.Le disciple est celui qui, dans Son regard, a découvert le seul bien.Vaincu par le Seigneur, comme Paul, il laisse tout tomber et court pour Le rejoindre. Sa relation avec les choses redevient ce qu'elle était au début, conformément au plan de Dieu; exempt d'idolâtrie, le disciple les vit comme un cadeau, les recevant du Père et les partageant avec ses frères.Le Royaume c'est aimer Jésus qui est devenu notre frère afin d'être rencontré et embrassé par nous.Et Il est devenu le dernier, parce que nous aimant les plus pauvres aimons Lui; et en L 'aimant, nous aimons tous.
8 commenti:
Livre de la Sagesse 7,7-11.
Aussi j’ai prié, et le discernement m’a été donné. J’ai supplié, et l’esprit de la Sagesse est venu en moi.
Je l’ai préférée aux trônes et aux sceptres ; à côté d’elle, j’ai tenu pour rien la richesse ;
je ne l’ai pas comparée à la pierre la plus précieuse ; tout l’or du monde auprès d’elle n’est qu’un peu de sable, et, en face d’elle, l’argent sera regardé comme de la boue.
Plus que la santé et la beauté, je l’ai aimée ; je l’ai choisie de préférence à la lumière, parce que sa clarté ne s’éteint pas.
Tous les biens me sont venus avec elle et, par ses mains, une richesse incalculable.
Psaume 90(89)
12-13.14-15.16-17.
R/ Rassasie-nous de ton amour, Seigneur :
nous serons dans la joie. (Ps 89, 14)
Apprends-nous la vraie mesure de nos jours :
que nos cœurs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ?
Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.
Rassasie-nous de ton amour au matin,
que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Rends-nous en joies tes jours de châtiment et
les années où nous connaissions le malheur.
Fais connaître ton œuvre à tes serviteurs et ta splendeur à leurs fils.
Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu !
Consolide pour nous l'ouvrage de nos mains ; oui, consolide l'ouvrage de nos mains.
Lettre aux Hébreux
4,12-13.
Frères, elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle va jusqu’au point de partage de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; elle juge des intentions et des pensées du cœur.
Pas une créature n’échappe à ses yeux, tout est nu devant elle, soumis à son regard ; nous aurons à lui rendre des comptes.
Évangile de Jésus-Christ
selon saint Marc 10,17-30.
En ce temps-là, Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? »
Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul.
Tu connais les commandements : ‘Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère.’ »
L’homme répondit : « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. »
Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. »
Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.
Alors Jésus regarda autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! »
Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Jésus reprenant la parole leur dit : « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu !
Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. »
De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? »
Jésus les regarde et dit : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. »
Pierre se mit à dire à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. »
Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre
sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle.
PAPE FRANÇOIS
ANGÉLUS 10 octobre 2021
La liturgie d’aujourd’hui nous propose la rencontre entre Jésus et un homme qui «avait de grands biens» (Mc 10, 22) et qui est entré dans l’histoire comme «le jeune homme riche» (cf. Mt 19, 20-22). Nous ne connaissons pas son nom. L’Evangile de Marc, en réalité, parle de lui comme «un tel», sans en mentionner l’âge et le nom, comme pour suggérer que dans cet homme, nous pouvons tous nous voir, comme dans un miroir. Sa rencontre avec Jésus, en effet, nous permet de faire un test sur la foi. En lisant cela, je fais un test sur ma foi.
Cet homme commence par une question: «Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle? (v. 17). Notons les verbes qu’il utilise: devoir faire — pour avoir. Voici sa religiosité: un devoir, un faire pour avoir; «Je fais quelque chose pour obtenir ce dont j’ai besoin». Mais c’est une relation commerciale avec Dieu, un do ut des. La foi, en revanche, n’est pas un rite froid et mécanique, un «je dois — je fais — j’obtiens». C’est une question de liberté et d’amour. La foi est une question de liberté, est une question d’amour. Voilà un premier test: qu’est-ce que la foi pour moi? S’il s’agit principalement d’un devoir ou d’une monnaie d’échange, nous nous trompons, car le salut est un don et non un devoir, il est gratuit et ne peut pas s’acheter. La première chose à faire est de se débarrasser d’une foi commerciale et mécanique, qui insinue la fausse image d’un Dieu comptable, d’un Dieu contrôleur, pas d’un père. Et bien souvent, dans la vie, on peut vivre ce rapport de foi «commerciale»: je fais ça pour que Dieu me donne ça.
Jésus — deuxième passage — aide celui-là en lui offrant le vrai visage de Dieu. En effet — dit le texte — «il fixa sur lui son regard» et «l’aima» (v. 21): voilà qui est Dieu! C’est de là que la foi naît et renaît: non d’un devoir, non pas d’une chose à faire ou à payer, mais d’un regard d’amour à accueillir. Ainsi, la vie chrétienne devient belle, si elle ne se fonde pas sur nos capacités et nos projets, mais se fonde sur le regard de Dieu. Ta foi, ma foi est-elle fatiguée? Tu veux la fortifier? Cherche le regard de Dieu: mets-toi en adoration, laisse-toi pardonner dans la confession, place-toi devant le Crucifix. Bref, laisse-toi aimer par Lui. Voilà le commencement de la foi: se laisser aimer par Lui, qui est père.
Après la question et le regard, il y a — troisième et dernier passage — une invitation de Jésus, qui dit: «Une seule chose te manque». Que manquait-il à cet homme riche? Le don, la gratuité: «Va, ce que tu as, vends-le et donne-le aux pauvres» (v. 21). C’est peut-être ce qui nous manque aussi. Souvent, nous faisons le minimum indispensable, alors que Jésus nous invite au maximum possible. Combien de fois nous contentons-nous des devoirs — les préceptes, quelques prières et tant de choses comme ça — alors que Dieu, qui nous donne la vie, nous demande des élans de vie! Dans l’Evangile d’aujourd’hui, nous voyons clairement ce passage du devoir au don; Jésus commence par rappeler les commandements: «Ne tue pas, ne commets pas d'adultère, ne vole pas…» et ainsi de suite (v. 19), et arrive à la proposition positive: «Va, vends, donne, suis-moi!» (cf. v. 21). La foi ne peut se limiter aux non, car la vie chrétienne est un oui, un oui d’amour.
Chers frères et sœurs, une foi sans don, une foi sans gratuité est une foi incomplète, c’est une foi faible, une foi malade. Nous pourrions la comparer à un aliment riche et nourrissant qui manque cependant de saveur, ou à un match plus ou moins bien joué mais sans but: non, ça ne marche pas, il n’y a pas de «sel». Une foi sans don, sans gratuité, sans œuvres de charité finit par nous rendre tristes: comme cet homme qui, bien que regardé avec amour par Jésus lui-même, rentra chez lui «attristé» et «assombri» (v. 22) .
---> Aujourd’hui, nous pouvons nous demander: «Où en est ma foi? Est-ce que je la sens comme une chose mécanique, comme une relation de devoir ou d’intérêt avec Dieu? Est-ce que je me souviens de la nourrir en laissant Jésus me regarder et m’aimer?». Se laisser regarder et aimer par Jésus; laisser Jésus nous regarder, nous aimer. «Et, attiré par lui, est-ce que je réponds avec gratuité, avec générosité, de tout mon cœur?».
Que la Vierge Marie, qui a dit un oui total à Dieu, un oui sans mais — il n’est pas facile de dire oui sans mais: la Vierge l’a fait, un oui sans mais — nous fasse savourer la beauté de faire de la vie un don.
BENOÎT XVI
ANGÉLUS 14 octobre 2012
Chers frères et sœurs !
L’Évangile de ce dimanche (Mc 10, 17-30) a pour thème principal celui de la richesse. Jésus enseigne qu’il est très difficile, pour un riche, d’entrer dans le Royaume de Dieu, mais ce n’est pas impossible ; en effet, Dieu peut conquérir le cœur d’une personne qui possède de nombreux biens et la pousser à la solidarité et au partage avec ceux qui sont dans le besoin, avec les pauvres, c’est-à-dire à entrer dans la logique du don. De cette façon, cette personne se place sur les pas de Jésus Christ qui, comme l’écrit l’apôtre Paul, « pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin de vous enrichir par sa pauvreté » (2 Cor 8, 9).
Comme cela arrive souvent dans les Évangiles, tout part d’une rencontre: celle de Jésus avec quelqu’un « qui avait de grands biens ». C’était une personne qui observait fidèlement tous les commandements de la loi de Dieu depuis sa jeunesse, mais qui n’avait pas encore trouvé le vrai bonheur; et c’est la raison pour laquelle cet homme demande à Jésus comment faire pour « avoir en héritage la vie éternelle » (v. 17). D’un côté, il est attiré, comme tout le monde, par la plénitude de la vie; de l’autre, étant habitué à compter sur ses propres richesses, il pense que la vie éternelle aussi peut, d’une certaine façon, « s’acquérir », en observant peut-être un commandement particulier. Jésus saisit le désir profond qui habite cette personne et — précise l’évangéliste —, il fixe sur lui son regard plein d’amour: le regard de Dieu (cf. v. 21). Mais Jésus comprend aussi quel est le point faible de cet homme : c’est précisément son attachement à tous ses biens ; et c’est pourquoi il lui propose de tout donner aux pauvres, pour que son trésor — et donc son cœur — ne soit plus sur la terre mais dans le ciel, et il ajoute « Viens, suis-moi » (v. 22). Mais celui-ci, au lieu d’accueillir avec joie l’invitation de Jésus, s’en va tout triste (cf. v. 23), parce qu’il ne parvient pas à se détacher de ses richesses, qui ne pourront jamais lui donner le bonheur et la vie éternelle.
C’est à ce moment-là que Jésus donne son enseignement à ses disciples, et à nous aussi aujourd’hui : « Comme il sera difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le Royaume de Dieu ! » (v. 23). En entendant ces paroles, les disciples furent déconcertés ; et ils le furent encore plus lorsque Jésus ajouta : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou de l’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu ! ». Mais, en les voyant ébahis, il ajouta : « Pour les hommes, impossible, mais non pour Dieu ! Car tout est possible pour Dieu » (cf. vv. 24 et 27). Saint Clément d’Alexandrie commente ce passage en disant qu’il enseigne « aux riches à ne point négliger leur salut, comme si toute espérance d’être sauvés leur était ravie » ni « à accuser la richesse et à la rejeter loin d’eux comme leur plus cruelle ennemie, mais à en faire un saint usage qui leur puisse acquérir le ciel » (Quel riche sera sauvé ? 27, 1-2). L’histoire de l’Église est remplie d’exemples de personnes riches qui ont utilisé leurs biens de manière évangélique et qui ont ainsi atteint la sainteté. Pensons seulement à saint François, à sainte Élisabeth de Hongrie ou à saint Charles Borromée. Que la Vierge Marie, Siège de la Sagesse, nous aide à accueillir avec joie l’invitation de Jésus, pour entrer dans la plénitude de la vie.
HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II
Strasbourg
Dimanche, 9 octobre 1988
1. «Apprends-nous à bien compter nos jours...»[1].
2. Chers Frères et Sœurs, écoutons le Psalmiste prier Dieu:
«Apprends-nous à bien compter nos jours, / pour que nos cœurs découvrent la sagesse»[2].
L’homme est soumis aux lois du temps; il est soumis aux lois d’un passage transitoire dans le monde visible de la création. Mais en même temps l’homme va au-delà de cette nécessité. Il la dépasse dans la «sagesse du cœur».
La sagesse est plus grande que cette traversée du temps. Elle constitue aussi une autre dimension de l’existence humaine dans le monde. Une autre échelle de valeurs.
C’est ce que montre l’auteur du Livre de la Sagesse, lorsqu’il dit: «Je l’ai préférée aux trônes et aux sceptres; à côté d’elle, j’ai tenu pour rien la richesse... Je l’ai aimée plus que la santé et la beauté; je l’ai choisie de préférence à la lumière, parce que sa clarté ne s’éteint pas. Tous les biens me sont venus avec elle, et par ses mains une richesse incalculable»[3].
La sagesse est plus grande que ce qui est éphémère dans le monde. Grâce à elle, ce qui passe prend une valeur nouvelle. Grâce à la sagesse, dans la culture qu’il acquiert au cours du temps, l’homme se découvre comme l’image et la ressemblance de Dieu lui-même. L’existence de l’homme est à la mesure de cette image.
Prier pour la «sagesse du cœur», avec la liturgie du jour, c’est aussi prier pour que s’accomplisse ce qui est fondamentalement humain dans l’historie, ce qui est digne de l’homme.
«Révèle ton œuvre à tes serviteurs / et ta beauté à leurs fils.../ Rends fructueux le travail de nos mains!»[4].
3. L’œuvre de Dieu s’est manifestée à la pensée des hommes. La sagesse éternelle est venue vers l’homme par la Parole même de Dieu.
La parole de Dieu est venue à la rencontre des œuvres des mains humaines. Elle est entrée dans le «travail» de l’homme. Elle a pénétré le cours de son histoire humaine. Elle s’est manifestée dans la culture de l’homme.
Ici, dans cette ville, au centre du continent européen, nous ne cessons pas d’être les témoins de cette rencontre: de la rencontre du Verbe éternel, en qui Dieu se manifeste comme Sagesse et Amour, avec la parole humaine, avec le travail humain, avec la culture des peuples, avec l’histoire de l’homme.
L’auteur de la Lettre aux Hébreux annonce la transcendance de la Parole divine: la Sagesse et l’Amour qui sont Dieu même. Il écrit: «Pas une créature n’échappe à ses yeux, tout est nu devant elle, dominé par son regard; nous aurons à lui rendre des comptes»[5].
L’homme vit dans la perspective du Jugement du Dieu vivant. Les peuples, les nations, l’humanité passent sur la terre en allant vers cette vérité définitive sur eux-mêmes qui sera révélée dans le Verbe de Dieu C’est là, en même temps, la dimension définitive de l’histoire, de l’accomplissement définitif de toute culture dans laquelle l’histoire de l’homme sur la terre cherche à s’exprimer.
5. Tout homme... L’homme... de ce pays, de ce continent... à qui ressemble-t-il?
Ne ressemble-t-il pas au jeune homme riche dont parle l’Evangile aujourd’hui?
Quand nous entendons que ce jeune homme «accourut vers lui» (vers le Christ), qu’il se mit à genoux et lui demanda: «Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle?»[7], alors dans cette attitude et dans cette question se fait entendre toute la jeunesse des hommes, des peuples, des nations et de la société dans notre continent.
--->Ils sont accourus vers le Christ avec la même question que le jeune de l’Evangile. Ils l’ont appelé «bon Maître» et le Christ a répondu: «Personne n’est bon, sinon Dieu seul»[8]. De cette façon, il les conduisait vers le Père qui l’a envoyé. Et les hommes, les peuples, les nations de notre vieux continent ont accueilli, dans leur jeunesse historique, la vérité sur Dieu qui est bon, qui est Amour.Alors le Christ, par la voix des Apôtres Paul et Pierre, maîtres et éducateurs, a rappelé à nos ancêtres et à nos pères les commandements: «Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère»[9]. Principes immuables de la Sagesse divine sans lesquels la vie humaine n’est plus vraiment humaine.
6. Ces mêmes principes, le Christ nous les rappelle à la fin du deuxième millénaire. Pouvons-nous répondre comme le jeune homme de l’Evangile: «J’ai observé tous ces commandements»[10]? Tous ces commandements, est-ce que je les observe?
En Europe, continent «chrétien», le sens moral s’affaiblit, le mot même de «commandement» est souvent récusé. Au nom de la liberté, les normes sont récusées, l’enseignement moral de l’Eglise est ignoré.Quand le Christ rappelle au jeune homme les commandements, c’est une parole de sagesse qu’il prononce. Comment pourrions-nous être vraiment libres sans enraciner notre conduite sur cette parole de vérité? Comment pourrions-nous donner sa plénitude de sens à notre vie, sans accorder nos actes à la sagesse et faire le choix du bien?
Une liberté qui refuserait les principes de la Parole de Dieu et les lignes de conduite précisées par l’Eglise serait incapable de fonder son action sur des valeurs morales incontestables.
La vérité de l’amour, de la justice, de la dignité de la vie est en Dieu créateur, révélé par son Fils venu dire à l’homme la Parole de son Père, qui seul est bon[11].
Les disciples du Christ aujourd’hui ne peuvent ignorer les commandements, quand il s’agit des exigences essentielles de la pureté et de la fidélité de l’amour conjugal, du respect de la vie, de la justice et du partage fraternel, de l’accueil de l’étranger, du refus de toute haine et de tout mensonge, de la solidarité concrète avec les pauvres et ceux qui souffrent.7. Quand le jeune de l’Evangile dit au Christ: «J’ai observé tous ces commandements depuis ma jeunesse» alors Jésus pose son regard sur lui et se met à l’aimer.
Combien de fois ce regard du Christ, plein d’amour, s’est posé et se pose encore sur l’homme, sur l’homme de ce pays, sur l’homme européen! Ce regard plein d’amour est un appel: «Viens et suis-moi». «Vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel»[12].
Le Christ appelle au nom de l’amour.
Il appelle chaque homme et chaque femme à être son disciple, à témoigner de son amour sauveur là où le conduit sa vocation.
--->Le Christ appelle, au nom de l’amour, des hommes et des femmes qui renonceront à tout autre attachement que le service de Dieu et de leurs frères dans la vie consacrée.
Le Christ appelle aujourd’hui les jeunes hommes qui accepteront de donner leur vie pour le service sacerdotal.
Les prêtres sont au milieu de vous et pour vous les intendants des dons de Dieu, ils vous rassemblent, ils vous transmettent la Parole de Dieu, ils célèbrent dans la communauté le Sacrifice du Christ et partagent le Pain de vie. Au nom de vous tous, je les salue, je les remercie d’avoir répondu à l’appel du Christ et d’accomplir fidèlement un ministère devenu plus lourd à cause de la baisse de leur nombre.
.... Votre réponse commune à l’amour du Christ est nécessaire pour susciter et soutenir les jeunes hommes appelés personnellement au sacerdoce.
Certains d’entre eux se mettront au service du diocèse. ..
Les vocations sacerdotales et religieuses, pour les missions de l’Eglise locale ou pour les missions lointaines, naissent dans un peuple de Dieu vivant. C’est donc à vous tous que je confie l’appel du Christ, dans l’espérance de voir de nombreux jeunes hommes devenir des prêtres pour l’Alsace, des prêtres pour le monde.
N’est-il pas de plus en plus semblable à ce jeune de l’Evangile qui, finalement, «s’en alla tout triste, car il avait de grande biens»[13]?
L’homme de ce temps, en Europe, a, lui aussi, de «grands biens». Il a des biens matériels, inégalement partagés il est vrai, mais plus abondants que pour beaucoup de ses frères dans le monde; il s’y attache, il emploie beaucoup de ses forces à les augmenter. Il a aussi les biens de sa sensibilité; et, trop souvent, il se détourne de Dieu et de son prochain pour satisfaire des désirs qui l’enferment en lui-même....
L’homme se garde pour lui-même, et il ne sait plus donner.Comme le jeune homme de l’Evangile, il reste triste, car au fond il est seul. Jésus prononce alors les mots: «Comme il est difficile d’entrer dans le Royaume de Dieu! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu»[14].
L’image est forte. Il faut en entendre le message. Si vous êtes riches de vous-mêmes et de vos biens périssables, vous ne pourrez pas entrer dans le Royaume de Dieu, car vous en ignorez la gratuité et la plénitude. Si vous êtes pauvres, le cœur ouvert à vos frères, les mains libres pour le partage, la volonté guidée par l’amour; si vous suivez le Christ qui se livre lui-même pour le salut de la multitude – de chacun de nous –, alors vous pourrez avancer, entrer dans ce Royaume de Dieu, dans la communion de son amour, dans la joie parfaite!
9. «Elle est vivante, la parole de Dieu... plus coupante qu’une épée à double tranchant», lisons-nous dans la Lettre aux Hébreux. Oui elle est vraiment ainsi!
Telle est la parole de Dieu, la parole de l’Evangile, celle que nous entendons aujourd’hui. Telle est la parole de la Sagesse divine. La parole de la vie éternelle. La Parole du salut.
Celui qui écoute vraiment la parole du Christ doit s’interroger sur la possibilité du salut.
La question angoissante de la Réalité ultime reste posée à l’homme de notre époque. Mais la richesse matérielle n’art-elle pas obscurci l’horizon de l’éternité de l’homme, la perspective du Royaume de Dieu?
10. Les Pasteurs de l’Eglise en Europe – et pas seulement en Europe – posent explicitement le problème de la «nouvelle évangélisation» de notre société, des différents milieux, en somme de l’évangélisation de l’homme.
...Comment faire pour poser la question que le jeune de l’Evangile a posée au Christ? Comment faire pour que l’homme éprouve de la «tristesse» lorsqu’il ne sait pas...
Nous posons cette question au nom de la «nouvelle évangélisation». Si cela paraît humainement impossible, écoutons la réponse du Christ.
La réponse du Christ est: «Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu»!
«Car tout est possible à Dieu»!
FAUSTI - "Tout est possible avec Dieu", répond Jésus aux disciples, lorsqu'ils comprennent enfin que personne ne peut se sauver. En fait, nous sommes tous riches, privés de la pauvreté de l'enfant, indispensable pour accueillir le Royaume. Mais reconnaître cette impossibilité est déjà principe du salut. En effet, constater sa propre perdition signifie être réduit à l'extrême pauvreté, condition nécessaire pour accepter que seul Dieu sauve.
L'histoire est divisée en trois scènes.
La première nous présente un homme riche qui, au-delà des bonnes intentions d'entrer dans le Royaume, semble avoir toutes les qualités requises. Sauf cependant le principe fondamental, qui consiste en aimer Dieu et les frères avant tout.La rencontre avec Jésus rendra-t-il possible l'impossible en lui faisant reconnaître le Seigneur et en le libérant de l'idole qui l'asservit? Jésus essaie de le mettre sur ce chemin, en lui disant que seul Dieu est bon et qu'il peut maintenant tout quitter et décider de Le suivre.Mais l'attachement à ses biens le rend aveugle. Dans l'alternative Dieu / Mammon, il choisit Mammon.En fin de compte, au lieu de la joie de ceux qui ont trouvé le trésor, il a la tristesse de ceux qui se savent perdus.Le Seigneur, lorsqu'il donne la joie dans le bien, donne ainsi la tristesse dans le mal afin que l'on puisse se repentir.
La deuxième scène nous présente les déclarations de Jésus sur l'impossibilité de salut et l'étonnement consterné des disciples. Nous sommes tous trop grands pour entrer dans le royaume des enfants: nous sommes des chameaux qui essayent de passer à travers le chas d'une aiguille.Reconnaître cette impossibilité nous rend petits. Plus nous sommes riches, plus nous nous trouvons incapables et pauvres face à ce qui compte.
La troisième scène nous présente la merveilleuse observation de Pierre: comment les disciples aient suivi le Seigneur, accomplissant ce passage qui mène au Royaume?Son appel et sa Parole les ont rendus pauvres et petits, leur faisant découvrir le trésor inestimable pour lequel tout est laissé.Le disciple est celui qui, dans Son regard, a découvert le seul bien.Vaincu par le Seigneur, comme Paul, il laisse tout tomber et court pour Le rejoindre.
Sa relation avec les choses redevient ce qu'elle était au début, conformément au plan de Dieu; exempt d'idolâtrie, le disciple les vit comme un cadeau, les recevant du Père et les partageant avec ses frères.Le Royaume c'est aimer Jésus qui est devenu notre frère afin d'être rencontré et embrassé par nous.Et Il est devenu le dernier, parce que nous aimant les plus pauvres aimons Lui; et en L 'aimant, nous aimons tous.
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